album :  SÁILE

poèmes : Diarmuid Johnson (sauf 4 : Llywarch Hen)

musique et arrangements : Alain Genty

sauf : 

3 : Alain Genty et Joanne McIver

5, 9, 12, 13 : Alain Genty et traditionnel

14 : Alain Genty et Nicolas Giraud

 

production et mixage : Alain Genty

mastering : François Roulin

Enregistrements voix de Diarmuid : Renoar Hadri (Bruxelles) et Yacine Azeggagh (La Feuillée)

enregistrement instruments : Alain Genty

 

 

Diarmuid Johnson : poèmes, voix,  flûte traversière en bois (5, 12, 13)

Alain Genty : basse fretless, guitares, claviers, percussions, electronics

 

avec la participation de :

Joanne McIver : voix (3, 6, 8, 11), small pipe (1, 8)

 

et :

 

Christophe Saunière : harpe (5, 6, 7, 13, 15)

Nicolas Giraud : trompette (14)

Jean-Michel Veillon : flûtes-biseaux (6)

Jacky Molard : ensemble de cordes (10)

Michel Aumont : clarinette basse (7)

Johnny Doherty : violon (9)

 

  

Traductions et commentaires en français des poèmes :

 

1. Le Pèlerin

A l’endroit où la vague toucha à la terre

A l’endroit où l’oiseau migrateur toucha à l’étoile

A l’endroit où le fleuve s’est alourdi du lest

C’est là que fut donné au pèlerin de comprendre son destin.

 

A l’instant où le corbeau survola la falaise

A l’instant où la faux luisit dans le pré

A l’instant où le saumon fendit le calme de l’eau

 

C’est là que fut donné au cœur du pèlerin 

La force de parachever son chemin.

 

2. Chant de richesses

Si la lune me mettait une pièce d’argent dans la poche

Je la jetterais dans la rivière

Afin de contempler ses reflets dans les tréfonds de l’eau

Afin qu’elle se mette à luire comme les écailles d’un saumon

Afin qu’elle me raconte les mystères du froid sous les arches du pont noir de la nuit.

 

Si la lune me mettait une pièce d’argent dans la poche

Je laisserais l’aumône emporter pars le cours

Pour voir ses scintillements s’éteindre dans le silence

 

Et dès lors l’on chanterait les richesses du grand fleuve

Dès lors l’on chanterait la bonté et la largesse

De la vieille veuve pauvre de la lune.

 

 

3. Douze sommets (commentaire)

Douze sommets dominent l’ouest du Connemara – en gaélique Na Beanna Beola, en anglais The Twelve Pins. Ce sont des monts massifs écorchés et dépouillés dont l’aspect redoutable est évoqué dans le poème par une série d’adjectifs où le son b- revient avec l’effet d’un écho dans le grand vide autour des douze magnifiques dômes en pierre de basalte rouge foncé. Témoins incontournable de la vie des hommes au fil des millénaires, les Beanna Beola surgissent des éternelles brumes du Connemara dont il définissent les contours et les limites.

 

4.  Bâton en bois 

Bâton en bois, c'est le printemps

Le coucou montre ses vives couleurs

Les jeunes femmes ne me fréquentent plus.

 

Bâton en bois, c'est l'hiver

Les voix des hommes se portent à traves le lac

Le silence regne au chevet de mon lit.

 

Bâton en bois, c'est l'automne

Rouge la fougère, les tiges sont jaunes

J'ai désaimé le monde que j'aimais.

 

5. Mutilation

Depuis un an, je dors dans cette prison

J’ai oublié les mystères de l’océan

Est-ce une mutilation ?

 

J’écrivis une lettre :

‘Si j’étais un arbre

 Mes branches auraient gagné en longueur

 Les oiseaux viendraient se percher sur mes épaules’.

 

Mon vieux rêve me répondit :

‘Que désires-tu, frère,

 A quelle envie es-tu en proie ?’

 

A mon propre rêve je répondis :

Je ne ressens aucune envie

Outre le droit d’éteindre la lumière

Outre le droit de l’allumer.’

 

Depuis un an, je dors dans cette prison

J’ai oublié les mystères de l’océan

Est-ce une mutilation ?

 

6. La mer (commentaire)

Ce texte a été composé sur la minuscule île de Inishnee dans le Connemara. Tous les jours, la mer (‘sáile’) changeait d’aspect et de couleur, sa surface parfois lisse et parfois ondulée se transformant en bouillie agitée ou en dents de loup selon la direction et la force du vent. Le texte se construit autour d’une série de mots composés qui sont à la fois le fruit de l’imagination du poète et le reflet des vagues et de l’écume de l’indomptable océan atlantique.

 

7. Cheval sans fers

Si tu te rends au cimetière à l’aube

Enlève les fers au cheval en hommage aux gisants

Enlève les rênes et le mors :

Il ne faut pas chercher à retenir l’âme – ni le brouillard.

 

Pense à bien cirer la selle :

Les blessures qu’inflige la vie ne cicatrisent point sans baume.

 

Ensuite détache une corde de la vieille harpe

Et noue la queue du cheval :

La musique se mettra à bondir à travers les champs du vent.

 

Et sous les draps de la terre 

Les défunts commenceront à se balancer légèrement 

Les défunts se mettront à ronronner doucement.

 

Ça chantera au cimetière

Pourvu que tu enlèves ses fers au cheval

Quand tu te rends au cimetière à l’aube.

 

8. An Criathrach faoi Shamhain (commentaire)

Dans le Connemara, le sol et le climat encouragent la propagation de la bruyère,  de l’ajonc, et de la fougère, trois plantes parmi d’ autres, dont le teint des fleurs et des feuilles jaunes, rouges, ocres et pourpres s’intensifie au fil de l’automne, jusqu’à ce qu’ une marée de couleurs envahisse les landes et les vastes tourbières. Le poème est une suite d’images où les références au ‘rouge’ et au ‘jaune’ reviennent en cascade, toujours avec des nuances et des variations d’intensité. Cette acrobatie linguistique est une technique qui se laisse difficilement reproduire en langue française.

 

9.L'hélicoptère de Johnny Doherty

Un homme descend de la montagne

Ses talons font retentir le chemin

Comme le vent fait claquer une porte

Comme les cris des goélands et des maquereaux

Comme le moteur d'un petit hélicoptère.

 

Un homme descend de la montagne

Dans sa main il tient son violon

Qui est léger comme Miss Paterson' Slipper

Léger comme The Bird in the Bush

Léger comme un petit hélicoptère.

 

L'homme descend de la montagne

Il a mis sa casquette, sa coustume et sa cravate.

Il porte ses outils pour réparer des pots qui fuient

Il a l'air content

Comme un petit hélicoptère.

 

L'homme descend, il arrive

De son violon vont sortir

Dix chefs de clan

Neuf chevaux aux sabots de grêle

Huit mois d'hiver

Sept dervishs qui dansent

Six jours jusqu'à Noël

Cinq hornpipes japonais

Quatre vents des quatre coins du monde

Trois banshees

Deux bateaux de pêche

Et un petit hélicoptère.

 

Mais de Mín an Aoire à Kilcar

De Ballyshannon  à Ardragh

Comment un violoniste pourrait-il se servir de son archet

Comment pourrait-il taper du pied

Comment pourrait-il faire la sieste

Comment pourrait-il fumer la pipe

Installé dans un petit hélicoptère?

 

Ah oui ! Il avait bien raison

De ne pas décoller

De ne pas s'envoler

De parcourir son chemin à pied

De ne pas emprunter un petit hélicoptère.

 

Oui, le temps était son unique compagne

Le temps qu'il faut pour connaître quoi que ça soit

Le temps qu'il faut à un arbre pour étendre ses branches

Le temps qu'il faut pour se rendre là où on va

Mais pas dans un petit hélicoptère.

 

Un homme retourne â la montagne

Il s'éloigne comme une étoile

Qui, demain matin, sera bien loin...

 

10. Le sous-continent

Galles n’est point un pays

C’est un sous-continent.

 

La distance entre ses vertes étendues et son littoral

Se compte en longs siècles.

 

Entre le creux de la vallée et le somment des montagnes :

Trois fois mille lieues.

 

Galles n’est point un pays

C’est un écrit long d’innombrables tomes

Une légende qui s’enveloppe dans les brumes.

 

Galles n’est point un pays

C’est un sous-continent.

 

11. Une autre langue

Nous parlons une autre langue

Le passage du temps l'a rendue lisse

Toute comme la pierre lavée par les eaux.

 

La langue que nous parlons nous baigne de lumière

Et lorsque nous prononçons les mots

Ils s'envolent comme des alouettes

Leur musique et couleur de baies pourpres en automne..

 

Nous parlons une autre langue

Elle résonne comme une cloche à minuit

C'est une plume qui se pose sur les eaux silencieuses de l'île

Elles est mûre comme la montagne au crépuscule.

 

Nous parlons une autre langue

Ellse est capricieuse comme la brise au large

Insondable comme le plus profond des puits

Elle fait son nid là où les roseaux sont denses et grands.

 

Nous parlons une autre langue.

 

13. Feargal (commentaire)

Il s’agit d’une lamentation issue de la tradition classique des bardes gaéliques médiévaux. Je l’ai composée lors du décès de mon ami le Dr Feargal Ó Béarra, âgé de 52 ans, l’avant-veille de Noël 2022. Feargal était un grand savant, et ses connaissances en matière de langue gaélique, médiévale et moderne, ne seront plus jamais surpassées. Le texte élabore un des thèmes primordiaux de la poésie celtique : l’endeuillement de l’homme mais aussi de la nature elle-même. Les eaux de la rivière cessent de couler. Les étoiles perdent leur éclat. L’univers est une harpe dont on a enlevé les cordes. 

 

 

14. Automne

L’automne fait ses adieux

Il enfile son manteau rouge et jaune

Et s’en va pied-nu à travers les champs fauchés.

Dans son panier il porte sept pommes et trois douzaines de noix

Fredonnant à voix basse un vieux refrain.

Ainsi tombe la nuit.

 

15. Tisserand 

Dialogue, écoute, silence:

Je les tisse tous les trois sur le faisceau

Je suis tisserand, je suis fils de tisserand. 

 

L'on croit que je suis en simple tisseur

Mais le tissage n'a rien de simple:

Je suis un tisserand-harpiste.

 

Je crée des récits, je possède d'innombrables cordes

Je les tisse sur le faisceau.

 

 

album :  INSTANT SPACE

 

Nicolas Giraud: trompette, berimbau

Christophe Saunière : harpe

Annouck Eudeline : cor

Alain Genty: basse fretless, voix, guitares, percussions, claviers, electronics.

 

Enregistrement, mixage : Alain Genty

Mastering : François-Elie Roulin

Photo/texte : Alain Genty 

 

 

 

 

Article de Gérard Viel paru le 9 février 2020 dans « 5 planètes »

Alain Genty :  « Instant Space »

Voyage Musical au coeur de Alain Genty

Bassiste de réputation bien au-delà des frontières de la Bretagne, Alain Genty vient de produire un nouvel album très personnel et envoutant. Après « Éternel Tides » sorti en 2017, Alain continue sa quête avec « Instant Space » et nous embarque dans son voyage intérieur. Sa musique est sereine, sincère avec des sonorités ouvertes sur un monde en mouvement. Sa guitare basse donne une dimension harmonique chaleureusement entourée de la trompette de Nicolas Giraud, la harpe de Christophe Saunière, et du cor d’harmonie de Annouck Eudeline. Ses compostions sont ancrées dans des univers de nature avec des ambiances jazzy, rock symphonique, sans oublier la celtitude qu’il ne renie pas. L’ensemble de l’album est raffiné, sensuel, mais avec une émotion forte et donne une envie de partir « L'espace d'un instant, être tout à fait là. Une méditation musicale. Mer d'Ecosse et monts du Japon. Un loriot jaune et un chat noir. La totalité et le détail. »

 

 

 Article : « Le Télégramme » Jean-Noël Potin  Publié le 29 janvier 2020

Alain Genty. « Instant Space »

C’est en pratiquant tai-chi et qi gong que le bassiste (et multi-instrumentiste) Alain Genty (ancien, entre autres, de Barzaz ou Gwerz), a rencontré le trompettiste Nicolas Giraud. Après quelques années, ils découvrent qu’ils sont tous les deux musiciens et se lancent dans des improvisations nourries par la pratique des arts de santé chinois. 

Dans cet opus très méditatif, certains titres font ainsi référence à des concepts philosophiques chinois et japonais. Enregistré, réalisé et mixé à domicile  cet album  contemplatif réunit des enregistrements récents, mais d’autres plus anciens… Pour une meilleure cohérence, Alain Genty a tout réarrangé en 2019.

Ce disque aux ambiances rêveuses comprend aussi une collaboration, pour deux morceaux d’inspiration celtique, avec le harpiste Christophe Saunière, qui accompagne Genty dans le spectacle « Eternal Tides ». « Dans Derou » est un hanterdro qu’il avait composé pour Jean-Michel Veillon et « Ajari » est une composition pour biniou et basse enregistrée à l’origine avec Patrick Molard. Seul album qu’il ait jamais conçu dans cette veine, « Instant Spaces » ravira les personnes en quête d’un îlot d’apaisement au milieu du tohu-bohu de nos existences.

Notes :

 

Ajari :

Au Japon, se déroule une des pratiques d’entraînement les plus sévères, réservée à quelques

moines bouddhistes seulement, choisis pour leurs qualités physiques et spirituelles .

On les appelle les « Ajaris ».

Ils doivent affronter l’épreuve de la marche des mille jours : il leur faut parcourir en boucle un 

circuit de 30 kilomètres par jour pendant 7 ans, soit exactement 38400 km.

Le chemin est ainsi parcouru chaque nuit de 1h à 7h du matin.

 

Ikigai :

Ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue.

Chacun, selon les Japonais, a un ikigai caché. Sa révélation exige une recherche longue et

profonde de soi-même. Une telle recherche est considérée comme étant très importante,

puisqu'on pense que la découverte de son ikigai apporte la satisfaction et la signification à la vie.

 

 

Loriot jaune :

Comme emblème du hasard, les Chinois ont choisi un oiseau raffiné : le loriot jaune.

Messagers du Ciel, les oiseaux sont, de toutes les créatures vivantes, les moins soumises aux contingences terrestres. 

Leur vol paraît absent de toute contrainte. Le génie chinois est d'avoir choisi cette image de liberté absolue pour en faire le symbole de l'adéquation parfaite avec l'instant. Volant partout où bon leur semble, les oiseaux, croit-on, se posent au hasard . Les Chinois eux pensent qu'ils se posent toujours là où ils doivent. Ils s'immobilisent à l'endroit le plus adapté à l'ensemble de la situation.

C'est pourquoi les humains les considèrent comme des maîtres à imiter.

Savoir en toutes circonstances se poser à l'endroit juste, ajuster son action en fonction du rapport entre le but qu'on poursuit et l'environnement qu'on traverse…